CLAP est souvent l'objet de critiques de l'opposition lors des conseils municipaux.
Son nouveau Président, Georges Mieyeville, à la demande de S2A, apporte des éclaircissements sur son histoire et son fonctionnement actuel.
S2A : Qu’est-ce que CLAP ?
GM : L’histoire de CLAP (Culture, Animation, Loisirs, Programmation) commence en 1988. l’Association des Oeuvres Laïques, Les amis de l’Orgue, des enseignants, de simples citoyens, et la municipalité, s’étaient mis ensemble pour monter un spectacle afin de fêter le bicentenaire de la Révolution. Le projet, de l’écriture à la scène, a créé une véritable émulation et l’envie de poursuivre cette action culturelle locale. Alain Pastureau, adjoint à la culture, a alors engagé la mairie dans l’acquisition du Cinéma et sa rénovation de façon à en faire une salle de spectacle. Un premier outil culturel et les premières programmations théâtrales (JOB, L’Onyx, Les désaxés, etc.). La commune s’est vite rendu compte que pour développer une politique culturelle ambitieuse, il fallait s’organiser et investir dans de nouveaux équipements. Quel outil ? Office culturel municipal ou opérateur associatif ? Depuis 1988, un vrai tissu s’était créé autour de la culture et il a été évident que pour préserver cette participation des citoyens il fallait créer une association. En 1993, CLAP naissait.
La municipalité a aussi pris conscience qu’une politique digne de ce nom ne pouvait se satisfaire des équipements polyvalents, mais vétustes présents sur le territoire. Après le cinéma, il y a eu la Médiathèque, le théâtre de verdure, et le chantier controversé de la salle du Champ de foire. Aujourd’hui, personne n’ose plus rappeler qu’il s’est opposé à ce projet…
Parallèlement, l’équipe s’est étoffée et le service « culture éducation » a pris de l’ampleur avec des fonctionnaires compétents.
L’idée de déléguer la mise en pratique de la politique culturelle s’est imposée, car une municipalité n’a pas vocation de régenter la vie des citoyens. La commune détermine la ligne directrice (programmation de qualité puisée dans des ressources nationales et internationales, spectacles de tous genres pour tous publics, à des prix accessibles et une action éducative associée).
Après quelques années la volonté de marquer le territoire d’une reconnaissance a donné naissance au Festival « Chant Devant » (scène régionale Chanson Française) qui inaugure la saison culturelle, et qui a fêté sa sixième année en 2008 avec un succès grandissant malgré les aléas économiques.
CLAP, c’est une quinzaine de spectacles tout publics et 5 à 6 spectacles enfants, plus de 20 000 spectateurs par an.
S2A : Une rumeur dit que CLAP ne supporte aucune autre structure dans son environnement, que répondez-vous ?
GM : Je vois, vous voulez parler de « Croches en cœur » à Saint Gervais. Cette association souhaite monter une rencontre de chorales avec la venue d’un nom connu de la variété française. Le plus simple est de regarder le PV de la dernière réunion de CLAP pour détruire ce ragot :
« En réponse à une intervention d’un membre de l’assemblée, le président demande la parole.
Il a entendu les rumeurs qui courent sur la proximité du festival Chant Devant et l’organisation de Croche en Cœur en septembre. Il balaie le bruit qui dit que Saint André veut monopoliser la vie culturelle du canton. Il rappelle que Chant Devant se tient depuis de nombreuses années à cette période, que le conseil d’administration de CLAP est heureux de voir de nouvelles initiatives culturelles sur le canton. Il conclut que les philosophies des deux manifestations sont différentes et complémentaires et que chacun dans cette assemblée souhaite le succès à toute entreprise qui apporte culturellement au Nord Gironde. »
La réponse est un peu longue, mais a le mérite d’être claire. En matière culturelle il n’y aura jamais assez de concurrence !
S2A : On dit que CLAP est une programmation qui ne prend pas en compte les besoins et désirs de la population.
GM : On dit tellement de choses ! Le problème de « on » c’est qu’il s’agit de personnes respectables, ayant une idée bien arrêtée de ce qu’il faudrait programmer à Saint André et qui ne vont jamais aux spectacles programmés, ni ne participent aux réunions de CLAP qui sont ouvertes à tous et où chacun peut faire des propositions. CLAP accepte toutes les bonnes volontés. C’est une association loi 1901, avec de nombreux bénévoles qui donnent de leur temps, de leur travail, sans esprit partisan. C’est peut-être ce qui déplait : un groupe qui se réunit autour d’une envie : partager ensemble.
S2A : Est-ce que CLAP est une excroissance de la municipalité ?
GM : Non, CLAP est autonome dans ses choix et dans la mise en œuvre de la diffusion des arts vivants. Très vite la qualité de ses propositions, le sérieux de son travail ont intéressé le conseil Général, le Conseil Régional qui en ont fait un partenaire privilégié pour la diffusion culturelle dans le Nord Gironde.
Aujourd’hui, CLAP est une structure qui a grandi, s’est émancipée sans renoncer à son objectif premier. CLAP travaille avec le Pays, la CCC, c’est un outil fondamental pour le milieu scolaire, associatif (école de danse, CLSH, École de Musique, écoles maternelles, primaires, collèges, Lycées…). C’est cette souplesse qui fait son efficacité.
S2A : Parlons des critiques les plus souvent répétées : l’opacité du budget.
GM : Là encore, ceux qui parlent ne font aucun effort pour savoir ce qui est sur la place publique : contrairement à certaines associations, CLAP publie chaque année un bilan d’activité, un compte financier détaillé, un budget prévisionnel et la ventilation de toutes ses recettes (ce qui veut dire y compris les subventions, les partenariats publics ou privés). La Mairie de Saint André est le principal bailleur de fonds, mais c’est le partenaire historique et CLAP travaille principalement sur le territoire cubzaguais.
S2A : Et la Convention, qu’en est-il ?
GM : La Convention a été signée il y a quelques années. Comme tout contrat, elle doit être actualisée pour tenir compte des lois qui changent constamment dans le domaine des Arts selon les humeurs ministérielles et la volonté de domestiquer les intermittents du spectacle.
La précédente municipalité a commencé à négocier une nouvelle convention prenant en compte les dernières lubies. Elle a sagement repoussé son adoption pour ne pas verrouiller l’avenir avec une municipalité nouvelle et une association qui devait un peu renouveler ses équipes. Peut-on reprocher ce respect de la liberté et de la démocratie ? Et qui s’en offusque ? Encore ceux qui ne sont pas renseignés et qui cherchent des sujets polémiques. La Culture est une « danseuse de luxe » aux yeux de citoyens qui voudraient que les autres ne puissent participer aux grands débats de société, aux questions fondamentales qui touchent à l’humain dans ce qu’il a de plus cher : sa faculté de penser par lui-même.
